Histoire du Château

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En 1846, le Baron de Condé profitait d’un temps d’arrêt à la gare de Creil lors d’un voyage avec le baron James de Rothschild pour tâcher d’obtenir des informations sur un manoir, si vieux, si féodal et si parfaitement inconnu quoique se trouvant à une si petite distance de Paris.

« On me dit que c’était le Château de Montataire, très historique, et ayant même quelques grands souvenirs, mais excessivement délabré, d’un entretien impossible et vraisemblablement destiné à disparaître. (…) A Creil, je me trouvais à trois kilomètres de Montataire. On m’assurait de bons chemins. J’entrepris, à pied, le pèlerinage. (…) Je fis le tour du vieil édifice malade, pour lequel je me sentais pris d’affection et je lui dis: Non tu ne mourras pas! ne crains rien. Tu as un ami! »

Histoire d’un vieux château de France – Monographie du Château de Montataire par le Baron de Condé – 1883

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Plus d’un siècle plus tard, en 2012, le château de Montataire est toujours debout, les nouveaux propriétaires continuent de rappeler à la vie ce vénérable invalide.

Ils l’ouvrent alors au public, pour la première fois de son histoire, afin de financer les importants travaux de rénovation qui s’imposent et pour permettre aux visiteurs de découvrir la vie de ce château du XIème siècle, totalement inconnu, où pourtant d’illustres personnages y ont séjourné au fil des siècles.

 

 

Les comtes de Clermont (XIème -XIIIème siècle)

 

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Au XIème siècle, le domaine de Montataire appartient au roi Robert II de France surnommé Robert le Pieux, fils d’Hugues Capet et deuxième roi franc de la dynastie capétienne.

Hugues de Clermont deviendra seigneur de Montataire par son mariage avec Marguerite, sœur du Roi Robert le Pieux qui leur offrit le domaine en dot.

Suivant la tradition, c’est le fils aîné d’Hugues de Clermont, Renaud II de Clermont qui deviendra seigneur de Montataire à la mort de son père.

Renaud II prendra part à la première croisade avec Pierre l’Ermite qui prêcha à Montataire et fera fortifier le château en 1150 à la demande de Philippe Auguste.

Au XIIIème siècle, Mathilde de Clermont pense à se mettre sous la protection divine en bâtissant la collégiale dédiée à la Vierge Marie sous le vocable de Notre Dame du Mont.

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Fresques murales historiées et armoriées de la Tour Notre Dame du Mont au Château de Montataire.

 

Les Madaillan, seigneurs de Montataire

(1466 – 1756)

 

  • Louis de Madaillan, seigneur de Montataire (1557-1576) fut marié à Marguerite de Fay, proche parente des Coligny, et entraîna son époux dans la réforme. Ce dernier construisit alors dans l’enceinte du Château de Montataire, un petit temple protestant dans lequel on faisait le prêche pour le châtelain, les amis et la famille.

C’est au Château de Montataire qu’Odet de Coligny se maria en 1564 à Isabelle de Hauteville, dame d’honneur de Catherine de France.

Une chambre au château de Montataire est restée désignée sous le nom de « Chambre du Cardinal ».

Odet-de-Coligny-de-Châtillon-chateau-montataireOdet de Coligny de Châtillon ( 1517-1571)

Odet de Coligny, évêque de Beauvais, était fils de Gaspard de Coligny, maréchal de France, et de Louise de Montmorency, sœur du connétable Anne de Montmorency.
Il fut enterré dans la chapelle de la Trinité au sein de la cathédrale de Canterbury en Angleterre. Son tombeau y est toujours présent.

  • Jean de Madaillan Lesparre, seigneur de Montataire (1576-1626), hérita de Montataire et joua un rôle important pendant la Ligue aux côtés de son fidèle ami Henri IV, roi de France et de Navarre.
    Il faisait parti de la « Cornette Blanche », troupes d’élites de braves à toute épreuve qui entouraient immédiatement le Roi.
    Par sa brillante carrière militaire, il participa aux côtés du prince de Condé aux batailles d’Arques en 1589 et à la bataille d’Ivry en 1590 où il fut blessé en sauvant Henri IV.

Henri IV signa en 1598 l’Edit de Nantes, traité de paix qui mit fin à deux décennies de guerres de religion.
Il fut assassiné le 14 mai 1610 par un fanatique charentais, François Ravaillac, à Paris.

Henri IV tenait le seigneur de Montataire en si haute estime qu’il signait les lettres qu’il lui adressait « vostre byen bon amy Henry ».
De son côté le Vert Galant, roi de France séjourna à plusieurs reprises de 1590 à 1600 dans le château de Montataire et le nom de « Chambre du Roy » fut donné à la pièce où il logeait.

Henri IV Roi de France                                                   Plaque Commémorative – Montataire                         

Portrait de Henri IV roi de France (1553-1610), Peinture de Frans Pourbus Le Jeune (Francois (Franz) Porbus, 1569-1622) Firenze, Galleria Palatina ©Raffael/Leemage plaque-commémorative-chateau-montataire

 

 

 

 

 

 

 

  • Louis II de Madaillan Lesparre, marquis de Montataire (à partir de 1649), comme son père et son grand-père, commença de bonne heure la carrière des armes et y débuta avec le duc d’Enghien (devenu plus tard le Grand Condé).

Il épousa en secondes noces le 30 septembre 1682 Louise Marie Thérèse de Bussy-Rabutin, nièce de Madame de Sévigné.

Il eut avec elle, deux enfants :

-une fille, Reine de Madaillan, née en 1684, qui mourut à 79 ans en 1763

-un fils, Roger-Constant de Madaillan de Lesparre, comte de Manicamp

De par ses relations avec le comte de Bussy et sa nièce, Madame de Sévigné vint à plusieurs reprises à Montataire qu’elle cite maintes fois dans ses lettres.

marquise-de-sévigné-chateau-montataireMarquise de Sévigné
(1626-1696)

Marie de Rabutin-Chantal, dite la marquise de Sévigné, est une épistolière française.

Elle est devenue célèbre par ses lettres, correspondance qu’elle entretenait avec sa fille, Françoise-Marguerite de Sévigné, comtesse de Grignan, qui s’effectua à peu près pendant vingt cinq ans au rythme de deux ou trois lettres par semaine.

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Armand de Madaillan Lesparre, comte de Madaillan, surtout désigné sous le titre de marquis de Lassay est le fils de Louis de Madaillan, marquis de Montataire, et de Suzanne de Vipart.

Aide de camp du grand Condé en 1672, familier des princes de Condé et Conti, il partit avec eux en Autriche défendre Vienne de l’attaque de l’Empire Ottoman.

Il s’est marié à trois reprises. Il épousa en premières noces en 1674 Marie-Marthe Sibour. A l’occasion de ce mariage, son père, Louis II de Madaillan lui avait donné la terre de Montataire. Mais la jeune marquise de Montataire mourut moins d’un an après cette union.

En deuxièmes noces, en 1677, il épousa Marianne Pajot.Cette dernière étant décédée en 1681, il épousa le 20 mars 1696, Julie de Bourbon, Mademoiselle de Chateaubriand, fille légitimée du Prince de Condé Henri Jules de Bourbon-Condé et de Madame de Montalais.

Homme de lettres, ami des libertins des XVIIe et XVIIIe siècles, il fit connaissance de madame de Maintenon lors des salons que tenait son époux, le poète Scarron.
Il rassembla sa correspondance, des anecdotes et des maximes qu’il fit imprimer sous le titre Recueil de différentes choses.

Il fit édifier l’Hôtel de Lassay, actuelle résidence du président de l’Assemblée nationale.

Il mourut à 86 ans le 21 février 1738 et alla rejoindre ses trois femmes au prieuré des Bénédictines de Lassay.

L’hôtel de Lassay

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Louise-Françoise de Bourbon, « légitimée de France », fille de Louis XIV et de Mme de Montespan, avait épousé Louis, Duc de Bourbon, petit-fils du Grand Condé.

La Duchesse de Bourbon, veuve à trente-sept ans, se lia à Armand de Madaillan de Lesparre, Marquis de Lassay.

Le Marquis de Lassay avait acquis une portion de terrain sur la rive gauche de la Seine en 1719 et persuada la Duchesse de Bourbon d’y faire construire un palais dans le goût du Grand Trianon. Elle y fera construire le palais Bourbon.

Le Marquis de Lassay avait posé une simple condition : « je demanderai aux architectes quelques moments perdus pour élever furtivement auprès du Palais-Bourbon, un hôtel petit, simple, modeste dont le mérite sera pourtant de rappeler, comme le strass donne l’idée du véritable diamant, le séjour de ma princesse ».

Ce fut l’hôtel de Lassay dont les travaux commencèrent en 1722. La construction était terminée en 1728.

A la mort du Marquis en 1738, l’hôtel passe à son fils Léon de Madaillan Lesparre (qui aurait été aussi l’amant de la Duchesse !).

Après être resté dans la famille des Madaillan-Lesparre, l’hôtel fut vendu en 1768 à Louis Joseph, prince de Condé, petit fils de la duchesse de Bourbon, qui le racheta pour en faire son « château ».

Il y fit exécuter d’importants travaux de décoration intérieure, notamment dans la grande galerie qu’il consacra à la gloire du Grand Condé. Réuni au Palais Bourbon, l’hôtel de Lassay devient le petit Bourbon.

En 1830, à la mort du dernier duc de Condé, Louis Henri Joseph, le duc d’Aumale hérite de l’hôtel de Lassay. Il le vendra en 1843 à l’Etat pour servir de résidence au président de la chambre des députés.

Il est aujourd’hui la résidence du Président de l’Assemblée nationale.

Louise Françoise de Bourbon, duchesse de Bourbon, princesse de Condé
(1673-1743)

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Palais Bourbon, résidence parisienne de Louise Françoise de Bourbon.

  • Jean Baptiste Massillon, Prédicateur, Evêque de Clermont (1663-1742)

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Né à Hyères le 24 juin 1663, Jean-Baptiste Massillon fut placé de bonne heure chez les Oratoriens de sa ville natale, où il fit de solides études.

Guidé par son goût pour la prédication, il fut ordonné prêtre en 1692 et fut nommé en 1696 directeur d’un séminaire à Paris.

Massillon, connu pour son talent d’orateur, s’étudiait à toucher plutôt qu’à convaincre et s’était acquis une réputation immense.

Il prononça en 1709 l’oraison funèbre du prince de Conti, celle du Dauphin en 1710, et en 1715 celle du roi Louis XIV.

Massillon est mort à Clermont le 18 septembre 1742.

L’académie française l’avait reçu dans son sein en 1719 et d’Alembert a composé son éloge.

En 1717, Massillon fut nommé Evêque de Clermont et l’année suivante, il prêcha devant le Dauphin, le jeune Louis XV, alors âgé de huit ans, les dix sermons dont le recueil est si connu sous le nom de Petit Carême, un des chefs-d’œuvre de la langue française que Voltaire relisait tous les jours.
Voltaire appelait Massillon « le Racine de la chaire ».

Or, il s’avère que c’est au Château de Montataire que Jean-Baptiste Massillon a composé son Petit Carême.
Au XIXème siècle, y était conservé, par respect pour sa mémoire, la chambre où il travaillait.

« On avance dans la pénombre de la chambre de Massillon. Dans le prolongement du lit se trouve un cabinet pris dans l’épaisseur de la muraille où un réduit fort original contient à peine un fauteuil et une table. Quand on est assis dans le fauteuil au fond du réduit, on a une petite lucarne sur la gauche qui a la taille d’un guichet de confessionnal. Penché, on voit l’Oise qui coule. Comme ce cabinet minuscule attenait à la chambre de Massillon et qu’il était situé derrière son lit, il était invisible. Personne ne dérangeait celui qui y lisait. Il était surnommé par les gens de la maison et ses amis  » Petit Carême « .

Sur le Jadis, Pascal Quignard, , 2002

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